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FRANCE WING CHUN - LIONEL ROULIER





Travail des Chi Gerk



Le Wing Chun est parfois défini comme issu du style de la Grue blanche, quels sont les points communs ?

Beaucoup des techniques Wing Chun proviennent de ce style (les huen sao, boang sao ou kao sao), mais il est plus facile de parler de ce qui les différencie.

Dans le style de la grue blanche, on retrouve des positions venant des arts martiaux chinois traditionnels tels que :
- Gong Bu : Pas en arc, ou Arc et Flèche
- Le Tigre : Kwai Bu
- Le Héron : Ti Xi

     


Les déplacements du style sont plus latéraux que ceux du Wing Chun, qui sont plus directes et linéaires. On trouve également dans le style 18 types d’armes traditionnelles.

Et point important le concept de ligne centrale n’est pas présent !



En quoi le Wing Chun, est-il différent des autres styles de kung fu relativement récents, comme le "Choy Li Fut" et le "Hung Gar"?

Les concepts du Wing Chun sont très pragmatiques et s’orientent vers une approche plus réaliste et directe du combat rapprochée.

On raconte que le Wing Chun a été créé afin de former rapidement des combattants efficaces, il faut 10 ans pour former un pratiquant de Wing Chun contre 25 pour un autre style.



En Wing Chun, existe-t-il un travail sur les points vitaux ?

Oui, dès lors que l’on parle du concept de la « ligne centrale » on suggère un travail des points vitaux : tout ce qui se trouve sur cette ligne verticale (les parties, le foie, le plexus, la carotide, le nez) sont des cibles privilégiées en Wing Chun.



Beaucoup de styles comportent un enseignement médical, à cause des effets néfastes de la pratique (bleu, tendons,…). Le Wing Chun comporte-t-il un tel genre d’enseignement (exercices, lotions,...) visant à atténuer les effets secondaires de la pratique du style ?

Oui, les exercices de Qi Gong, l’enseignement de la mécanique et de la manipulation du corps ainsi que la fabrication du Di Ta Djo, lotion contre les œdèmes dont la composition est différente selon chaque école, font partis de l’apprentissage du système Wing Chun. C’est que l’on pourrait appeler « le savoir refaire » après avoir appris à « savoir défaire ».




Pourquoi et comment pratiquer le Wing Chun aujourd’hui ?

Le pourquoi est propre à chacun, certains y trouveront un art de self-défense performant, d’autres une philosophie qui tend à améliorer sans cesse ses capacités d’adaptation ou d’autres encore trouveront le plaisir de pratiquer et d’appartenir à cette famille que l’on appelle la lignée.
Le comment est simple : en trouvant l’école et le professeur adaptés à ses propres attentes.




Nous pouvons trouver une biographie de vous sur votre site, mais pourquoi avez-vous choisi de pratiquer ce style de Kung Fu?

Au départ, je souhaitais trouver un style qui pourrait me rendre meilleur en combat car malgré mes années de pratique en Wu Shu j’étais passablement déçu de mes performances en combat réel, le style Wing Chun m’a semblé être le plus adéquat.




Qu’est ce qui différencie selon vous un artiste martial, d’un combattant ou d’un sportif ?

L’artiste martial se dédie à son style et à son étude.
Le combattant recherche l’efficacité et la victoire.
Le sportif recherche le bien être et parfois la performance.




Comment vous situez-vous par rapport à ces trois aspects et vers quoi souhaitez-vous tendre ?

Etant passé par le stade sportif avec le Wu Shu, le cadre de combattant en commençant le Wing Chun, j’aime à croire qu’aujourd’hui je suis dans la phase de l’artiste Martial et tend vers la recherche et la transmission de l’art martial.




Sur votre site on peut lire que vous avez été élève, durant 18 ans de deux Maîtres de Wing Chun, l’un de Foshan, l’autre de Hong Kong.


Comment avez-vous réalisé ces rencontres ?

J’ai eu l’opportunité de rencontrer des Hongkongais qui connaissaient ces deux maîtres et qui ont pu me faire introniser auprès d’eux.

En quoi consistait cette intronisation par ces deux maîtres?

L’intronisation est un accord tacite entre l’élève et le maître qui est formalisé par une cérémonie, souvent celle du thé comme chez Maître Chow mais pas obligatoirement. Par exemple, mon intronisation avec Maître Fok s’est faite autour d’un repas et la bière avait remplacé le thé.

Quels sont les liens entre les maîtres de Foshan et ceux de Hong Kong ?

Pour les maîtres d’un certain âge, ils sont très conviviaux dès qu’ils se rencontrent, mais la plupart du temps, chacun reste chez soi. Pour les plus jeunes, c’est plus conflictuel car chacun cherche à défendre sa lignée et son statut de maître.

Comment s’est passé votre apprentissage à l’époque, et quelle est la différence avec aujourd’hui ?

En tant qu’élève je ne pouvais pas émettre d’idées n’allant pas dans le sens de celles du maître, et je devais suivre scrupuleusement ce qu’il me disait, sans me poser de questions. Aujourd’hui mon statut est différent, il m’est beaucoup plus facile de discuter et de partager.
Cette obéissance « aveugle » lors de l’apprentissage traditionnel en Asie n’est en fait que le reflet de la culture chinoise. Le respect est dû au patriarche de la famille car il est le sage : le partage de son savoir vous fait progresser plus vite et mieux. C’est un gain de temps dans votre vie et c’est considéré par tous les élèves comme un privilège.

Comment s’organise la hiérarchie dans les écoles traditionnelles ?

A Foshan et à Hong Kong, la hiérarchie s’organise spontanément, comme dans une famille : le maître « Sifu » est le patriarche et son premier élève considéré comme le fils aîné.
Vous êtes le senior « Siheng » de ceux qui arrive après vous et le junior « Sidaï » des élèves arrivés avant vous. Vous devez respect au Sifu mais aussi à vos Siheng.

Quelles sont les différences des deux branches du Wing Chun (Foshan et Hong Kong) que vous pratiquez ? Quels sont les points communs, complémentarités et les spécificités de ces branches ?

La branche de Hong Kong est plus tournée vers l’externe et celle de Foshan plus sur l’interne. Elles sont donc très complémentaires entre elles mais selon moi la vraie différence se joue au niveau de l’apprentissage :
A Foshan on commence en vous formant à une approche souple et flexible du Wing Chun qui tend ensuite à aller vers une forme plus dure.
Pour les lignées de Hong Kong c’est le chemin inverse qui est suivi. Pour ma part je pense que l’esprit européen est mieux préparé à la voie prise par la branche de Hong Kong.

Les spécificités se retrouvent plutôt au niveau des lignées.
Chaque maître enseigne à ses élèves le style comme il l’a appris et en fonction des prédispositions de chaque élève il oriente l’enseignement et améliore le style qui sera transmis.
Chow Tze Chun est incroyable sur le travail de déplacements et de coups de pieds, quant à Fok Chiu il a un véritable travail de relâchement et d’énergie interne.




Quelle est l’influence du Wing Chun dans votre vie de tous les jours ?

Lorsque l’on vit son art, on y découvre une manière d’appréhender les choses, une philosophie. Celle du Wing Chun est guidée par les influences du taoïsme chinois. Pour ma part j’essaie de mettre en pratique des concepts, comme le lâché prise, l’adaptation aux situations courantes et conflictuel ou encore l’éveil de l’esprit.




Pouvez-vous nous faire une brève présentation de votre école Wing Chun ? Depuis quand enseignez-vous ?

J’enseigne le Wing Chun depuis 9 ans. Notre école se situe aujourd’hui en banlieue limitrophe à Paris, à la Maison du Taiji (57, rue Jules Ferry à Bagnolet) et nous comptons une vingtaine d’adhérents.
Je donne deux cours de 2h chaque semaine. Le mardi est plutôt dédié à la théorie, au travail des formes et aux techniques. Le jeudi, la pratique est un peu plus physique et plus orientée sur le travail à deux, les applications et le chi sao.




Y a-t-il une différence entre l’enseignement que vous avez suivi auprès de vos maîtres et celui que vous donnez ?

Oui, mais la différence ne porte pas sur les connaissances que je transmets mais plutôt sur la manière de les transmettre. Nous n’avons pas la même culture, pas la même notion de l’apprentissage et ici la pratique d’un art martial est plus proche du hobby. Donc les cours sont moins dures qu’à Hong Kong et plus structurés comme nous en avons l’habitude.




Vous devez avoir des élèves qui ont des niveaux, des attentes et qui recherchent des choses différentes dans la pratiques du Wing Chun, comment gérez-vous cela ?

Cela n’est pas évident, lorsque je forme les élèves avancés j’essaie de leur inculquer l’art de la transmission. Lors des exercices ils corrigent les techniques des élèves moins avancés afin que tout le groupe se perfectionne et avance sur un bon rythme. Cela fait aussi parti du rôle des Siheng.



Pourquoi n’avez-vous pas encore d’élève qui ait ouvert d’école à son tour ?

Je n’ai qu’un seul élève qui ait reçu la formation pour pouvoir enseigner à son tour, mais il ne le souhaite pas. J’espère que d’autres de mes élèves en fin de formation auront cette envie de transmettre.



Quels sont vos projets d’avenir concernant le Wing Chun ?

Continuer à transmettre le système de la manière la plus proche de celle dont on me l’a enseigné. J’espère avoir quelques élèves qui feront de même afin que se perpétuent les savoirs de notre lignée.



Comment voyez-vous l’avenir du Wing Chun en France (sportif, self défense, traditionnel/moderniste...) ?

Le Wing Chun étant un art d’adaptation, il finit par suivre l’air du temps.
Il reste soit très traditionnel, soit évolue vers des aspects plus self-défense ou tend à se moderniser et parfois même intègre d’autres types de pratique comme la canne de combat.

Cette diversité permet d’être en phase avec les attentes de toutes les personnes qui souhaitent pratiquer le style Wing Chun.

Je pense que le Wing Chun en France a de beaux jours devant lui, il suffit de voir le nombre croissant d’écoles dans l’hexagone.



Travail au Bâton





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